L’Europe en quête de souveraineté numérique

Dossier
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Les tensions avec l’administration américaine renforcent le besoin d’alternatives aux géants américains du numérique. Mais se passer complètement de Amazon, Google ou Microsoft est complexe. Explications.

Souveraineté numérique », « autonomie stratégique », « indépendance technologique »... Depuis plusieurs mois, ces expressions fleurissent dans les médias et dans les sphères politiques. Partout, le même mot d’ordre : il faut sauver le soldat numérique européen, écrasé depuis trop longtemps par les géants américains. « Le sujet était dans l’air du temps depuis plusieurs années, mais tout s’est accéléré avec la démocratisation de l’intelligence artificielle, souligne Otmane Jai, responsable de la stratégie d’investissement du family office MJ&Cie. Le numérique n’est plus considéré comme un simple outil, mais comme un actif stratégique. » « L’Europe a pris conscience de sa dépendance aux fournisseurs étrangers, confirme Dominique Lecocq, fondateur de Laine Neural Network, une startup genevoise qui développe une IA juridique. Le second mandat de Donald Trump aura au moins contribué à cela. » Il faut dire que ces dernières années, la confiance du Vieux Continent vis-à-vis de l’Oncle Sam a sérieusement été écornée. En juin dernier, par exemple, Washington a soudainement ordonné à la firme américaine d’intelligence artificielle Anthropic de couper l’accès à son modèle le plus puissant, Claude Mythos 5, et à sa déclinaison grand public, Claude Fable 5, pour tout ressortissant étranger. 

Motif invoqué : la sécurité nationale. Estimant impossible de trier ses utilisateurs selon leur nationalité, Anthropic a dû désactiver les deux modèles pour l’ensemble de ses clients afin de se mettre en conformité. Si les restrictions ont été levées le 30 juin, le mal était fait. Les clients étrangers de Anthropic qui se sont subitement retrouvés en carafe, notamment les Européens, ont compris que, si Donald Trump le décidait, ils pouvaient être privés sans préavis d’un service devenu essentiel. Une telle coupure, connue sous le nom de kill switch (bouton d’arrêt d’urgence), était un risque qui paraissait encore largement théorique aux entreprises et aux administrations européennes il y a quelques années. Les solutions américaines étaient perçues comme un service garanti. Mais l’hostilité grandissante de Washington à l’égard de Bruxelles a changé la donne. « Le président Donald Trump a réveillé l’Europe, en lui montrant que le numérique pouvait être utilisé comme une arme », résume Dimitri Kallianiotis, Technology Investment Specialist à l’Union Bancaire Privée (UBP).

Le président Donald Trump a réveillé l’Europe, en lui montrant que le numérique pouvait être utilisé comme une arme
Dimitri Kallianiotis, Technology Investment Specialist à l’Union Bancaire Privée (UBP).

La menace n’est pas que théorique. En août 2025, six juges et trois procureurs de la Cour pénale internationale (CPI), qui siège à La Haye, dont le procureur général de l’époque Karim Khan ont été placés sous sanctions par les États-Unis pour leur rôle dans des procédures visant des responsables israéliens ou américains. Plusieurs d’entre eux avaient notamment participé à la procédure ayant conduit aux mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et son ministre de la Défense de l’époque Yoav Gallant. D’un coup, ces neuf personnes se sont retrouvées coupées d’une foule de services financiers et numériques liés à des entreprises américaines : messageries, moyens de paiement, services cloud ou plateformes en ligne. Des sanctions habituellement réservées aux terroristes, aux trafiquants de drogue ou aux responsables de régimes autoritaires. « Il suffit de regarder son téléphone pour savoir qu’on dépend vraiment des États-Unis. Très vite, mes comptes ont été fermés, mes transactions refusées. J’ai essayé de faire des réservations sur Booking.com, Expedia…Sans succès. 

Pareil avec Uber, Airbnb, PayPal (…). Mais le plus grave, c’est qu’en France, il ne reste aucune carte de paiement qui ne soit pas américaine. Tout est Visa ou Mastercard », raconte le juge français Nicolas Guillou, l’un des magistrats sanctionnés, dans une interview accordée au journal Le Parisien. « Je suis obligé de dénumériser ma vie », conclut-il. Sur le Vieux Continent, l’affaire a renforcé les craintes que Donald Trump ne décide de « débrancher » l’Europe des solutions numériques américaines. D’après la Commission européenne, l’UE dépend aujourd’hui de fournisseurs non européens pour plus de 80% de ses principaux produits, services et infrastructures numériques. Selon un sondage de la société suisse Proton, dont les résultats ont été publiés en août 2026, près de 74% des 1500 dirigeants d’entreprises interrogés craignent qu’un arrêt d’urgence américain ne perturbe leurs activités. Cette proportion place l’hypothèse d’un kill switch venu de Washington au même niveau sur l’échelle des risques que les cyberattaques et les rançongiciels. Pire : plus de la moitié des entreprises (54%) déclarent qu’elles ne survivraient pas à un seul jour ouvrable sans service numérique, avant de devoir interrompre leurs activités.

Mais craindre un risque ne signifie pas pour autant changer de fournisseur. C’est ce que montre une autre enquête, réalisée par l’institut OpinionWay pour le cabinet de conseil Sia Partners auprès de 1000 chefs d’entreprise français, juste après l’épisode de la restriction de l’accès des modèles d’IA de Anthropic par le gouvernement américain. La question posée était différente : il ne s’agissait plus de mesurer leurs craintes, mais leurs priorités. Résultat : seuls 15% des chefs d’entreprise se disent convaincus de la nécessité d’une souveraineté numérique européenne et 11% mentionnent la souveraineté comme un critère de choix d’une intelligence artificielle, contre 9% avant le kill switch. Toujours selon OpinionWay, le coût est un critère bien plus important : 24% des répondants le mettent en avant. « Si la souveraineté peut aider à remporter un contrat, elle ne peut pas rendre attractif un contrat non rentable », souligne Joe Faraday, gérant chez Baillie Gifford. D’autant que changer de fournisseur afin d’opter pour une solution européenne n’est pas chose aisée. À quelques exceptions notables comme l’éditeur de logiciels allemand SAP ou le néerlandais ASML, premier fabricant au monde des machines qui gravent les puces les plus avancées, très peu d’entreprises européennes font partie du gratin mondial de la tech. Or « la taille critique joue un rôle clé dans la technologie, estime Dimitri Kallianiotis. Une très grosse entreprise ne prendra pas le risque de migrer vers un petit fournisseur pour un élément aussi sensible que ses services numériques. »

En mars 2021, un incendie dans un centre de données de OVHcloud à Strasbourg a fait perdre leurs données à de nombreux clients de l’entreprise. Un risque bien moindre quand on se fournit chez les grands acteurs, dont les infrastructures sont beaucoup plus redondantes et donc robustes. « Le tableau est très sombre, expliquait déjà en juillet 2021 dans Swissquote Magazine Cyrille Dalmont, chercheur associé à l’Institut Thomas More et auteur du rapport « L’impossible souveraineté numérique européenne » paru en mars 2021. Dans le top 5 mondial des entreprises de hardware, aucune n’est européenne. Il en va de même pour les systèmes d’exploitation, le cloud, les centres de données, les smartphones, les semi-conducteurs, les puces et microprocesseurs. L’Europe est devenue une colonie numérique, dépendante des géants américains et asiatiques. » Et cette dépendance technologique a un coût astronomique. Selon une étude du cabinet de recherche français Asterès, commandée par le Cigref l’association des grandes entreprises et administrations françaises utilisatrices du numérique) et publiée en mai 2026, les entreprises et administrations européennes affectaient en 2024 environ 400 milliards d’euros par an à leurs services cloud et logiciels, dont 330 milliards, soit 83%, allaient à des sociétés américaines. Or cette facture ne fait que grimper : les responsables numériques interrogés par Asterès déclarent une augmentation du coût de leurs services cloud-logiciel de 8,7% par an en moyenne sur les trois dernières années. Et la hausse pourrait s’accélérer à 12% par an entre 2026 et 2030. Soit un surcoût moyen de 140 milliards d’euros par an, dont la grande majorité (93 milliards) sortirait définitivement de l’économie européenne pour enrichir principalement les États-Unis et financer leur gourmande infrastructure IA.

Europe’s quest for digital sovereignty

Selon les auteurs de l’étude, cette inflation du prix du numérique a une cause : « La concurrence sur le marché du cloud-logiciel est limitée, ce qui maintient les utilisateurs dans une situation de dépendance vis-à-vis de leurs fournisseurs. » Les trois géants américains du cloud, surnommés « hyperscalers » – Amazon (AWS), Microsoft (Azure) et Google Cloud –, contrôlent à eux seuls plus de 60% du marché mondial du cloud. À la clé, selon l’étude, un manque à gagner pour l’économie européenne d’environ 107 milliards d’euros de valeur ajoutée par an, soit 0,6 point de PIB, et 1,4 million d’emplois à l’horizon 2030. « Les dépendances technologiques de l’Europe sont alarmantes (…), regrette l’eurodéputée finlandaise Aura Salla, sur son site internet en juin 2026. Nous ne pouvons pas continuer à construire notre avenir numérique sur des dépendances stratégiques. »

Bruxelles légifère plus qu’elle n’investit

Au regard du retard accumulé, tous les experts que nous avons consultés s’accordent : relancer l’Europe du numérique demande un soutien fort des pouvoirs publics. « Si la politique européenne ne change pas, nous ne risquons pas de voir apparaître des champions européens », résume Otmane Jai. Bruxelles a commencé à bouger. Le 3 juin 2026, la Commission européenne a présenté un paquet de mesures sur la souveraineté technologique, qui touche les semi-conducteurs, l’IA, le cloud et les logiciels libres. Sa pièce maîtresse, le Cloud and AI Development Act, vise à au moins tripler la capacité des centres de données européens d’ici cinq à sept ans, notamment en simplifiant l’octroi des permis, qui peut prendre jusqu’à quatre ans en Allemagne. Le texte crée aussi une échelle de souveraineté à quatre niveaux pour les services cloud achetés par le secteur public. Pour certains des usages les plus sensibles, seuls les fournisseurs qui échappent à toute juridiction étrangère pourraient concourir. Amazon, Google et Microsoft pourraient donc en être exclus. En cause : le Cloud Act, une loi adoptée en 2018, durant le premier mandat de Donald Trump, qui permet aux autorités américaines d’exiger des données auprès des entreprises américaines, même lorsqu’elles sont stockées hors des États-Unis.

Si la politique européenne ne change pas, nous ne risquons pas de voir apparaître des champions européens
Otmane Jai, responsable de la stratégie d’investissement du family office MJ&Cie.

Pour financer ces nouvelles capacités, Bruxelles compte surtout sur l’investissement privé. Quant à la facilité de 20 milliards d’euros annoncés en février 2025 afin de mobiliser des investissements pour des gigafactories d’IA, elle n’avait débouché sur aucune attribution concrète en juin 2026. Par comparaison, les moyens américains sont d’une tout autre ampleur. Selon le décompte du Financial Times, Amazon, Microsoft, Alphabet (Google) et Meta prévoient environ 725 milliards de dollars de dépenses en investissements en 2026, largement consacrés aux infrastructures nécessaires à l’IA et au cloud (puces, serveurs et centres de données). C’est 77% de plus qu’en 2025. Amazon envisage, à lui seul, d’investir environ 200 milliards de dollars. L’écart est tout aussi frappant pour l’investissement privé dans l’IA. Selon le rapport AI Index 2026 de l’Université Stanford, il a atteint 285,9 milliards de dollars aux États-Unis en 2025, contre 5,9 milliards au Royaume-Uni, premier pays européen du classement. Soit près de 50 fois moins.

La Suisse prépare, elle aussi, une alternative à Microsoft. En novembre 2026, la Confédération a annoncé que d’ici fin 2027, environ 3000 de ses collaborateurs pourront utiliser une suite bureautique souveraine et open source, fonctionnant en parallèle
avec Microsoft 365. Trop peu, trop tard ? « Trop tard pour quoi ? rétorque Joe Faraday de Baillie Gifford. Vouloir répliquer chaque plateforme américaine est une chose, bâtir des entreprises européennes créatrices de valeur en est une autre. Toutes les applications n’exigent pas le modèle d’IA généraliste le plus performant. Si les capacités d’IA standard devenaient moins chères et plus interchangeables, leur valeur pourrait se déplacer vers les données exclusives, les applications de confiance et le service client. C’est pourquoi je me garderais bien de considérer les leaders actuels de l’IA comme les grands gagnants. L’Europe peut capter cette valeur sans chercher à s’imposer à chaque étage de la technologie. Mistral [start-up française d’IA, non cotée, ndlr] en est un exemple intéressant. » Un avis partagé par Otmane Jai : « La mauvaise stratégie serait de vouloir concurrencer les hyperscalers sur l’ensemble de leurs activités. C’est perdu d’avance. En revanche, l’Europe peut se distinguer en ciblant des maillons précis de la chaîne de valeur. À la différence des hyperscalers, qui sont des entreprises généralistes, les sociétés européennes doivent développer des services spécialisés, à l’image de ASML, qui est leader dans son domaine. »

L’Oncle Sam contre-attaque

Mais Washington et Pékin n’ont pas l’intention de se laisser faire. En adoptant un protectionnisme numérique trop affiché, l’Union prend le risque de les irriter, eux qui sont toujours prompts à dégainer des mesures de rétorsion. Le président américain Donald Trump menace régulièrement de nouvelles hausses de droits de douane dès que l’Union s’en prend aux géants de la tech. La Chine, elle, a déjà montré qu’elle pouvait frapper fort. En octobre 2025, Pékin a interdit l’exportation des puces Nexperia produites en Chine, en représailles à la reprise en main de cette société néerlandaise par le gouvernement des Pays-Bas. Nexperia était passée sous le contrôle du groupe chinois Wingtech en 2019. Or ses composants sont indispensables à l’industrie automobile : la mesure a mis en péril les chaînes de production des constructeurs européens. Dans un autre style, en septembre dernier, Alex Karp, le CEO de Palantir, a vertement critiqué la décision de la France de remplacer son logiciel d’analyse de données, utilisé par la DGSI (le service de renseignement intérieur français) depuis 2016, par celui de la start-up française ChapsVision. Selon lui, miser sur un prestataire français pour se protéger est une illusion : « C’est littéralement l’équivalent technique d’un “5 à 7 sans préservatif” », a-t-il lancé à l’AFP, en français dans le texte, en marge d’une réunion ministérielle du G20 en Caroline du Nord.

En outre, dès qu’une pépite européenne émerge, elle est souvent rachetée par un géant américain. C’est le cas de Hugging Face, start-up d’intelligence artificielle créée par des Français, dont Nvidia, le leader mondial des puces pour l’IA, a annoncé l’acquisition le 3 septembre pour 12,9 milliards de dollars. Avant elle, la britannique DeepMind, pionnière de l’IA fondée à Londres, avait été rachetée par Google en 2014 pour environ 500 millions de dollars. « Depuis 2010, plus de 100 start-up européennes ont été acquises par des sociétés américaines, relève Cyril Suter, Investment Specialist chez Indosuez Wealth Management. À l’été 2025, Apple réfléchissait même à s’offrir Mistral AI. Il faut davantage de régulation sur les fusions-acquisitions, afin de protéger les entreprises européennes. » Les géants américains ont aussi compris que la souveraineté était devenue un argument de vente. Plusieurs d’entre eux proposent désormais leur propre offre « souveraine », en s’associant à des partenaires européens. Google, par exemple, a annoncé en mai 2026 un partenariat avec le français Thales pour lancer une offre de cloud souverain en Allemagne. « Cette nouvelle entité 100% allemande, détenue et contrôlée par Thales en Allemagne, proposera une solution de cloud dédié.

Elle s’appuiera sur la technologie de Google Cloud mais disposera d’une infrastructure isolée, exploitée en Allemagne, soumise au droit allemand et totalement autonome vis-à-vis de Google Cloud », soulignent les deux entreprises dans un communiqué commun. Ce n’est pas une première : en 2022, Google et Thales avaient déjà créé en France, sur le même modèle, une coentreprise baptisée « S3NS ». Son offre a obtenu la SecNumCloud, la qualification de sécurité la plus exigeante de l’État français, qui vise notamment à protéger contre l’application de lois extra-européennes comme le Cloud Act. Associée à Proximus, Clarence et Mistral, S3NS participe même à l’une des quatre offres retenues en avril 2026 par la Commission européenne pour son cloud souverain. Autrement dit, une partie du cloud souverain des institutions européennes pourrait reposer sur une technologie américaine.

Les investisseurs précoces à l’affût

Malgré les réticences mesurées par OpinionWay, la demande pour des services souverains progresse, dans les administrations comme dans le secteur privé. « Selon IDC, 40% des organisations européennes utilisaient déjà du cloud souverain en 2025 et 31% supplémentaires envisageaient de l’adopter, souligne Eunice Harbeke, Investment Advisor chez Banque Heritage. La demande ne fait plus débat. Le vrai défi, c’est la capacité des acteurs européens à suivre face aux hyperscalers américains. » À l’ombre des géants, des acteurs européens commencent ainsi à se faire une place, à l’image du suisse Infomaniak et du français OVHcloud.

Pour les investisseurs, le moment de se tourner vers le cloud souverain serait-il venu ? Le titre de OVHcloud s’est envolé de120% depuis le début de l’année, et celui de Infomaniak a bondi de 50% lors de sa première semaine de cotation, début octobre. Mais les experts se montrent divisés. Les plus sceptiques pointent l’écart de taille. « Le cloud souverain est devenu un vrai business, reconnaît Dimitri Kallianiotis. Mais si des acteurs comme OVHcloud, Ionos et Infomaniak affichent une belle croissance, celle-ci reste bien inférieure à celle des géants américains. En 2025, par exemple, le chiffre d’affaires de Amazon Web Services (AWS) a atteint 128,7 milliards de dollars, en hausse d’environ 19 à 20% sur un an, quand celui de OVHcloud n’a augmenté que de 9% environ, à 1,08 milliard d’euros. » AWS est donc une centaine de fois plus grand, et grandit beaucoup plus vite. Difficile d’imaginer David rattraper Goliath. « On ne peut pas se passer des hyperscalers américains. 

Ils sont très gros et vont devenir encore plus gros, résume Cyril Suter, Investment Specialist, chez Indosuez Wealth Management. Et l’IA va renforcer l’hégémonie américaine. » D’autres, comme Eunice Harbeke, jugent au contraire le moment propice, « à condition d’être sélectif ». « La souveraineté numérique est une tendance de fond, portée par la réglementation européenne, les risques géopolitiques, les besoins croissants en cybersécurité et l’essor de l’intelligence artificielle. La thèse d’investissement est convaincante à long terme. Mais à court terme, il faudra de la patience : ces entreprises doivent encore faire leurs preuves, certaines valorisations sont à surveiller et elles restent beaucoup plus petites que les GAFAM. » Dans l’ensemble, les acteurs européens demeurent toutefois valorisés nettement en dessous de leurs homologues américains. « Mais les lignes commencent à bouger, poursuit Eunice Harbeke. OVHcloud, Deutsche Telekom, Proximus, Capgemini ou Thales remportent des contrats liés à la souveraineté numérique. En Suisse, Infomaniak, Exoscale, Swisscom et ELCA profitent de la réputation du pays en matière de protection des données. Pour les clients, la souveraineté est déjà devenue un critère d’achat, mais pas encore un argumentaire de valorisation pour les investisseurs. Ceux qui se positionnent tôt pourraient en tirer parti. »

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